vendredi 4 avril 2014

Des pompiers en pagaille


Bon, soyons francs, le thème des pompiers dans le livre pour enfant n'est pas des plus originaux, il a déjà été traité mille et une fois, et souvent en véhiculant les pires clichés.C'est pour ça qu'on est contents de vous parler de deux albums atypiques qui raviront les lecteurs amateurs de casques, de lances et de sensations fortes.

Adrien Albert nous offre  "Au feu petit Pierre", un album détonnant tant par sa narration que par ses couleurs complètement psychédéliques. Ce n'est pas un coup d'essai pour ce jeune auteur, dont on avait déjà remarqué les excellents "Cousa" et "Simon sur les rails". L'Ecole des Loisirs semble avoir trouvé en Adrien Albert une relève, un digne héritier des Tomi Ungerer, Philippe Corentin, Catharina Valckx, Anaïs Vaugelade et autres, tous ses auteurs qui ont fait de cet éditeur un pionnier dans la narration de l'album illustré. Adrien Albert tient pour l'instant ses promesses, en créant des histoires originales, et qui ont un pouvoir vraiment captif sur les petits.


"Au feu petit Pierre" est un véritable album d'aventures, au sens premier du terme. Petit Pierre, est petit comme son nom l'indique, mais ça ne l'empêche pas d'être pompier. Il est accompagné dans sa tâche par un jars et un orang-outan. Adrien Albert fait fi de la vraisemblance, et pourtant on y croit à chaque instant. Cette nuit-là, l'alerte est donnée (par la mère de Petit Pierre, qui joue à la standardiste) et nos vaillants compagnons partent affronter la ville en feu. Les illustrations de la ville en flamme sont impressionnantes,  il y a la double page où l'on voit les immeubles dévorés par le feu et sur la gauche de l'image, on aperçoit Pierre qui à l'air minuscule face à l'ampleur de l'incendie. Mais ça ne l'empêchera pas de porter secours à la population. Adrien Albert est le champion du découpage en séquences, il alterne des images pleine page, avec des pages découpées en 4 ou en 2 longues bandes verticales. Cette technique donne vraiment un rythme et une temporalité à l'action, parce que le texte est finalement assez simple et souvent descriptif. Pierre fait preuve d'un courage sans pareil, mais il n'est pas au bout de ses peines, car il lui reste sa mamie à sauver. Et quelle mamie, loin de l'image des vieilles dames au chignon gris qu'on a l'habitude de voir dans les livres pour enfants, la mamie de Pierre  a les cheveux rouges et un look digne d'une rock star. Tout se termine bien, Petit Pierre a sauvé la ville, sa mamie y compris. Voilà bien une histoire de pompiers atypique qui fait preuve d'énormément de fantaisie, de celle qui font rire les enfants de bon cœur!


Tout droit sorti des années 30, "le petit pompier" de Margaret Wise Brown et Esphyr Slobodkina est un petit bijou ressorti du placard par les éditions Didier. Cet album s'inscrit dans la collection Cligne Cligne, qui remet à l'honneur des merveilles de la littérature jeunesse inconnues du public francophone. On y avait déjà épinglé  les albums d'Ezra Jack Keats ("Un garçon sachant siffler" et "La chaise de peter") qui mettait en scène des petits héros de couleurs, ce qui se fait toujours extrêmement rare dans l'édition jeunesse aujourd'hui.

Mais revenons à nos pompiers qui prennent vie sous la plume de Margaret Wise Brown ("Bonsoir Lune", "La petite île", etc..). Cette histoire parue pour la première fois en 1938, met en parallèle les actions d'un grand pompier ("vraiment très grand") et d'un petit pompier ("vraiment très petit"). Les images d' Esphyr Slobodkina, une peintre abstraite d'origine russe sont réalisées en papiers découpés. La mise en page est tout à fait admirable et tellement avant-gardiste. Au contraire de celle d'Adrien Albert qui relègue systématiquement le texte sous les images comme les sous-titres d'un film (ça donne un peu l'impression d'un arrêt sur image), la mise en page de la russe mêle le texte aux dessins. Le texte est partie intégrante de la composition, il fait même sens, puisqu'elle varie la taille de la typo en fonction du propos. Les lettres deviennent plus petites lorsqu'elle évoque le petit pompier. C'est d'ailleurs ce thème du grand et du petit qui est au centre de l'album, plus que celui des pompiers, qui n'est qu'un prétexte. Mais grand et petit ne sont pas évoqués dans un rapport de force, petit et grand pompier sont sur un pied d'égalité, malgré leur différence de taille. Comme dans le livre d'Adrien Albert, le texte se veut simple, sans fioritures, mais efficace et agréable à lire à haute voix. Une belle pépite à (re)découvrir!









mercredi 19 mars 2014

Aharon Appelfeld, histoires de vie; "Adam et Thomas"


Et si Aharon Appelfeld racontait enfin son histoire, celle de cet enfant perdu au milieu d'une guerre, trouvant refuge dans la forêt, obligé de fuir les hommes pour survivre. Cette histoire, Aharon Appelfeld ne l'a jamais vraiment écrite, tant elle est difficile et tellement enfouie en lui. Il l'explique dans la préface de son magnifique roman "Histoire d'une vie" ,  

Je me souviens très peu des six années de guerre, comme si ces six années-là n'avaient pas été consécutives. Il est exact que parfois, des profondeurs du brouillard épais, émergent un corps sombre, une main noircie, une chaussure dont il ne reste que des lambeaux. Ces images, parfois aussi violentes qu'un coup de feu, disparaissent aussitôt, comme si elles refusaient d'être révélées, et c'est de nouveau le tunnel noir qu'on appelle la guerre. Ceci concerne le domaine du conscient, mais les paumes des mains, le dos et les genoux se souviennent plus que la mémoire. Si je savais y puiser, je serais submergé de visions. J'ai réussi quelques fois à écouter mon corps et j'ai écrit ainsi quelques chapitres, mais eux aussi ne sont que les fragments d'une réalité trouble enfouie en moi à jamais.

  Quel étrange mécanisme que celui de la mémoire.  Appelfeld est un rescapé, après le ghetto il a connu le camp, après le camp il a connu l'errance et la solitude caché dans les forêts d'Ukraine. C'est bien au cœur de cette forêt qu'il nous plonge avec "Adam et Thomas", deux enfants que tout oppose, l'un est un petit aventurier, qui connaît la forêt, ses dangers mais surtout ses trésors, l'autre est un intellectuel, maladroit et angoissé. C'est leur origine qui les relie, Adam et Thomas sont tous deux juifs, et leurs mères respectives les ont protégés en les cachant dans la forêt. Là ils sont devoir apprendre à survivre, ils vont utiliser tout ce que la forêt peut leur offrir. Ils vont se construire un nid, là-haut dans les arbres, ils vont boire l'eau du ruisseau et cueillir des fruits des bois. Mais leur esprit est parfois tourmenté, leurs mères viendront-elles vraiment les chercher? Les questions affluent dans la tête de Thomas, sans cesse en train de s'interroger sur l'existence de Dieu.
Contre toute attente l'histoire d'Adam et Thomas a une fin heureuse, en forme de retrouvailles avec leurs mères. Comme si Aharon Appelfeld avait voulu transcender sa propre destinée et retrouver la mère qui lui a été enlevée au début de la guerre.

Le texte de l'auteur israélien prend la forme d'une fable, d'un conte, qui permet à l'enfant caché devenu un vieil homme de revenir sur une période de sa vie profondément enfouie en lui. Peu importe que ce soit la vérité puisque de toutes façons elle est transcendée par l'écriture. Aharon Appelfeld est un génie des mots, son écriture est fluide et pénètre en nous comme une douce mélodie.
"Adam et Thomas "trouvera aussi bien des lecteurs enfants que des lectures adultes. Ce texte a même vocation au dialogue entre les générations, peut-être éveillera-t-il des questions chez les plus jeunes.

L'écriture d'Appelfeld est magnifiée par les superbes illustrations de Philippe Dumas. Ses images sont fines et délicatement floues, comme le sont certains de nos souvenirs...

"Adam et Thomas" vient de paraître à l'Ecole des Loisirs. Vous pouvez lire "L'histoire d'une vie" dans la collection Points.

A son réveil, le soleil était déjà au zénith. Dans son sommeil il avait été à la maison, dans la cuisine, et il se demanda un instant comment il était arrivé dans la forêt, mais il se souvint aussitôt que sa mère l'y avait conduit et avait dit : "Nous voilà arrivés. N'aie pas peur. Tu connais la forêt et tout ce qu'elle contient." Les phrases résonnèrent un instant dans sa tête, et il s'en réjouit.

vendredi 28 février 2014

Tove Jansson et la famille Moomin

 J’ai découvert cet auteur il y a quelques années et j’ai ressenti quelque chose de très spécial, j’ai su dès cet instant que les Moomin n’allaient plus me quitter. J’ai depuis réalisé l’ampleur de l’œuvre de l’auteure finlandaise et l’air de rien je me suis mise à collectionner livres et objets de l’univers des Moomin, comme si ce petit troll blanc aux formes généreuses, était devenu une sorte de talisman. Ce qui m’a décidé à vous en parler c’est le très beau documentaire que la BBC lui a consacré et qui m’a terriblement émue, car derrière l’image de Moomin se cache une femme exceptionnelle.
Tove Jansson est née en 1914 à Helsinki, dans une famille d’artistes d’expression suédoise. Son père est alors sculpteur, mais sa maigre paye ne suffit pas à nourrir sa famille, la mère de Tove doit aussi travailler. Elle réalise des illustrations pour des magazines, mais se spécialise surtout dans les dessins de timbres-poste. Son trait fin et délicat, empreint de hachures s’accorde parfaitement à ce tout petit support.

Tove est l’aînée, elle a deux jeunes frères qui eux aussi suivront une voie artistique. Tove développe très jeune une passion pour le dessin. A 14 ans à peine, alors qu’elle n’a même pas fini sa scolarité, elle commence à travailler pour le quotidien satirique Garm, dans lequel sa mère publie elle aussi des illustrations. Les dessins de la mère et la fille s’y côtoieront pendant plus de 20 ans. C’est dans Garm qu’apparaitra pour la première fois le personnage du petit troll Moomin, alors affublé du nom de Snork. Après une première apparition discrète, il finit par accompagner Tove dans chacune de ses illustrations, puisqu’elle en fait une sorte de signature. Il n’a pas encore sa forme définitive, il a un nez plus allongé, il a plus l’allure d’un diablotin que celle du petit troll bonhomme qu’il aura plus tard. Mais Tove a d’autres ambitions que l’illustration, elle veut devenir peintre. Elle entre à l’académie des beaux-arts d’Helsinki, mais elle se heurte à un enseignement conservateur et terriblement machiste. Elle quitte l’académie et prend un professeur particulier, un jeune peintre qu’elle considère comme son mentor. Mais, l’embellie est de courte durée, la guerre est aux portes de la Finlande, en 1939, elle est envahie par la Russie. Acculée, la Finlande choisit de coopérer avec le troisième Reich. Tove souffre profondément du tragique destin de son pays, d’autant que son frère Per Olov est mobilisé comme soldat. Mais son souffle créateur ne faiblit pas, et elle publie de nombreuses illustrations pour Garm, elle y déverse sa colère à la fois sur les russes et les allemands. Elle caricature tantôt Hitler, tantôt Staline avec une férocité et une intelligence inouïe.

C’est à cette époque qu’elle se lie d’amitié avec Eva Kornikova. Eva est juive et elle fuit aux Etats-Unis. S’amorce entre les deux jeunes femmes une correspondance qui durera le temps de la guerre, Tove lui envoie des lettres illustrées. Elle confie à Eva son souhait d’être une artiste accomplie. Mais elle sait aussi que dans la société masculine de l’époque, elle va devoir choisir, vie de famille et pratique artistique semblent alors inconciliables. Elle sait à ce moment-là qu’elle n’aura pas de famille à elle, elle va donc s’en inventer une, ce sera la famille Moomin !!

Son premier roman « Moomin et la grande inondation » paraît en 1945. Contrairement à ce que beaucoup de gens imaginent, c’est bien dans les romans et non dans les bandes dessinées que les personnages de l’univers des Moomin ont été créés. La famille Moomin vit quelque part en Finlande, ils habitent au bord de la mer, dans une jolie vallée. Papa Moomin est un aventurier, il ne manque jamais d’idées, souvent il veut écrire des romans, et il n’hésite pas à voyager avec sa famille sous le bras pour trouver l’inspiration. Maman Moomin est une parfaite ménagère, elle ne quitte jamais son sac à main, elle a une passion pour les roses, qu’elle est capable de faire pousser dans les endroits les plus hostiles. Moomin est leur fils, très attaché à sa mère, il est extrêmement sensible, curieux par nature, il a néanmoins peur de l’inconnu. Autour d’eux, évolue une flopée de personnages, on peut citer Snufkin, troubadour philosophe, la petite Mu, au caractère détestable, et bien d’autres encore.

Ce premier roman ainsi que le suivant « Moomin et la comète » sont écrits dans l’ombre de la guerre. La comète qui effraie tant les Moomin est un symbole des bombes qui terrorisent la population finlandaise. Après la guerre, elle quitte le foyer familial et s’installe dans un petit atelier en ville. Elle y reçoit de nombreux artistes, organise sans cesse des fêtes. Elle rencontre l’actrice Vivica Bandler, c’est le coup de foudre entre les deux femmes, la passion sera de courte durée mais sera très intense pour Tove. Elle doivent vivre leur amour en secret, car l’homosexualité est illégale en Finlande (elle le sera d’ailleurs jusqu’en 1971). Mais Tove trouvera un moyen d’évoquer leur relation à travers l’écriture de son troisième roman « Moomin le troll ». Deux nouveaux personnages apparaissent dans ce livre, Zotte et zézette (la traduction en français est étrange puisqu’en suédois ces deux personnages s’appellent Tofslan et Vivslan), deux petites créatures fort semblables, dont on ignore si elles sont filles ou garçons. Elles transportent avec elles un énorme rubis, symbole de la passion qui unit les deux femmes… Ce roman aura un succès retentissant en Finlande et au-delà, puisque après sa publication en anglais en 1951, Tove est contactée par un agent , Charles Sutton, qui lui offre de créer une bande dessinée pour un quotidien anglais.
Tove n’avait jamais fait de bande dessinée. Ses romans comportaient bien sûr de nombreuses illustrations, mais elle n’avait pas d’expérience de dessins en séquences. Le défi était donc de taille, d’autant que Sutton lui proposait de créer une bande dessinée pour adultes avec les personnages des Moomin qui étaient jusqu’alors des héros pour enfants. Une correspondance animée débute entre Tove et son agent anglais, elle lui envoie t des idées qu’il corrige aussitôt. Dans un premier temps, elle pensait garder le texte sous les images, comme ça se faisait dans les bandes dessinées de l’époque. Sutton s’y oppose, obligeant Tove à assimiler les codes de la bande dessinée moderne.

Finalement, après plusieurs années de travail, le lancement a lieu le 20 septembre 1954 dans l’evening news. La campagne publicitaire mise en œuvre plusieurs semaines à l’avance fut spectaculaire, des camionnettes à l’effigie du petit troll circulaient dans toute l’Angleterre. Tove devait travailler à un rythme effréné, elle devait fournir 6 strips par semaine. Elle qui n’avait jamais fait de bande dessinée, a réussi à utiliser cette forme de manière originale et créative. La publication en strips imposait de longues bandes découpées en cases, mais elle n’aura de cesse de s’amuser avec les bords de cases, qui font partie prenante de l’image, puisqu’ils sont tours à tours objets, plantes, la queue de moomin elle-même, ils sont la continuation de son dessin.

Elle y explore ses thèmes favoris, et décline certaines des histoires de ses romans, mais avec un éclairage souvent plus philosophique. Elle arrive comme personne, à déchiffrer les comportements et les sentiments humains et les retranscrire avec simplicité, humour et grâce. La grâce est peut-être ce qui caractérise le plus son œuvre. Mais ce travail est terriblement exigeant et prend de plus en plus de place, Tove n’a plus le temps de peindre, en effte elle n’a pas abandonné ses ambitions d’artiste… On peut le voir dans ses strips de l’époque, Moomin est de plus en plus gros, il occupe presque tout l’espace de la case. Tove commence à s’épuiser, et après 7 ans de bons et loyaux services elle arrête et confie la série à son jeune frère Lars, auteur de bd en devenir. Mais elle n’en a pas fini avec l’univers des Moomin pour autant. Cet hiver-là, elle fait la connaissance de Tuuliki Pietilä, elle aussi artiste, elles ne se quitteront plus. Tuuliki lui inspire son nouveau roman « Un hiver dans la vallée Moomin ». Elle y crée un nouveau personnage Tutikki, qui deviendra une âme sœur pour Moomin. Une fois de plus, sa vie et son œuvre sont inextricablement liés. Comme avec Vivica, elle ne prend même pas la peine de vraiment masquer le nom de sa compagne. Dans cette histoire, Moomin se réveille pendant son hibernation, c’est la première fois qu’il voit l’hiver, il découvre des choses qu’il n’a jamais vues et Tuttiki l’accompagne dans son exploration. Cet hiver-là Tove découvre l’amour auprès de Tuuliki…

Tove et sa compagne décident de quitter Helsinki, elles vont s’installer sur une toute petite île , non loin de l’endroit où Tove passait tous ses étés lorsqu’elle était enfant. Elles se construisent une petite maison en bois, et vivent en totale harmonie avec la nature sur ce petit bout de terre. Elles n’ont ni l’eau ni l’électricité mais ont le plus beau des paysages, la mer. Elle y écrit le tout dernier roman des Moomin « Novembre dans la vallée des Moomin » (qui n’a jamais été traduit en français) , mais les Moomin en sont totalement absents. Ils ont quitté la vallée, tout le monde se presse chez eux à l’approche de l’hiver, mais où sont-ils, reviendront-ils, le roman s’achève sans répondre à cette question. Tove achève ce roman alors que sa mère vient de mourir. Ce dernier livre n’en sera que plus mélancolique. Elle écrira encore des romans pour adultes cette fois, dont l’excellent « livre de l’été » qui met en scène sa propre mère. En 1971, elle part faire un tour du monde avec Tuttiki, on peut voir des images de cette période dans le documentaire de la BBC, les deux femmes se sont filmées aux quatre coins du globe. La complicité qui les unit est tellement attendrissante. La période Moomin est terminée pour Tove, mais ça ne l’empêche pas d’être sollicitée pour l’une ou l’autre exposition à travers le monde. En 1992, elles quittent leur île, elles ont 70 ans, et elles commencent à avoir peur de cet océan déchaîné qu’elles ont tant aimé. Une fois parties, elles n’ont plus jamais voulu revenir.

Tove meurt d’un cancer en 2001, Tuttiki la suivra 7 ans plus tard. Le succès des Moomin est toujours immense, la Finlande en a fait un monument littéraire à raison, et Tove Jansson a reçu de nombreux prix et récompenses de son vivant. Le petit troll est connu à travers le monde, les japonais se le sont particulièrement appropriés, ils ont créé une série animée dans les années 80 et plusieurs parcs à thème. Moomin a fait l’objet de pièces de théâtre, de films d’animation, il apparaît sur des tonnes de produits dérivés Les histoires de Moomin sont universelles, sincères, honnêtes et c’est sans doute ça qui explique leur immenses succès. Elles ont aussi ce côté intemporel qui leur a permis de traverser les années s’en prendre une ride. Elles ont malgré tout été un peu négligées dans le monde francophone. Remercions donc les éditions du Lézard noir d’avoir réédité en français les bandes dessinées ainsi que les trois premiers romans des Moomin. Cette année on fête le centenaire de la naissance de Tove Jansson, de nombreuses manifestations accompagneront cet anniversaire, il y aura notamment une exposition au prochain festival d’Angoulême.

mercredi 29 janvier 2014

Festivités de février


Le mois de février sera riche en rencontres chez Tropismes.
On commence avec une séance de dédicace bande dessinée 100% USA!
Le vendredi 7 février, nous recevrons 3 auteurs américains!
Leur premier point commun, ils ont tous les trois étudié ou enseigné au Center for cartoon studies, une prestigieuse école de bande dessinée, perdue dans un petit village du Vermont.
Leur deuxième point commun, ils ont tous les trois été traduits par l'Employé du moi, un éditeur bruxellois.

Une rencontre à ne pas manquer donc, autour de trois livres (et demi) :

"Annie Sullivan & Helen Keller" de Joseph Lambert chez çà et là/ Cambourakis
+ "Du nouveau pour toi et moi", un récit court publié dans la collection 24 de l'Employé du moi.

"Basewood" d'Alec Longstreth à l'Employé du moi

et "The end of the fucking world" de Charles Forsman à l'Employé du moi
 
Vous trouverez plus d'infos sur les livres sur le site de la librairie :www.tropismes.com

La dédicace aura lieu de 16h30 à 19h30 au rayon bande dessinée!

Le samedi 15 février, nous aurons le plaisir de recevoir Noémie Marsily à l'occasion de la parution du "Musée de la moufle", son premier album pour enfants à paraître chez Sarbacane.
Déjà bien connue de la librairie, où elle avait fait un tabac avec sa bande dessinée muette "Fétiche", Noémie revient en force avec un livre de toute beauté entièrement dessiné aux crayons de couleurs.
Rendez-vous dès 16h30 au rayon jeunesse pour une dédicace-goûter!

La suite des animations et dédicaces très bientôt!
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mardi 28 janvier 2014

Des anges sous les branches, dans la forêt...

Nous en avons eu les épreuves aujourd'hui, il paraîtra au début du mois de mars : le livre d'Aharon Appelfeld "Adam et Thomas" reprend le thème de l'"Histoire d'une vie" et s'adresse à des lecteurs adolescents. Illustré par Philippe Dumas, il est si beau, sa prose si limpide, si marquante, que nous allons avoir du mal à attendre...

vendredi 3 janvier 2014

Sous votre sapin il y avait...

La cohue des fêtes est passée... On se repose avant l'arrivée des nouveautés de janvier. On range, on trie, et on fait le bilan..Et on est ravi, parce qu'on a vendu les livres qu'on aime!!
Nos meilleures ventes parlent d'elles-même!! Voici le top des ventes albums de décembre 2013 :

1. "N'y a-t-il personne pour se mettre en colère", de Toon Tellegen et Marc Boutavant, chez Albin Michel. Un livre incroyable, un auteur à lire encore et encore. Et un Marc Boutavant en très grande forme.
2. "L'ombre de chacun" de Mélanie Rutten chez Memo. Comment ne pas être séduit par le talent de cette jeune bruxelloise qui surprend à chaque nouveau livre.
3. "Poka et Mine à la pêche" de Kitty Crowther chez Pastel. Une nouvelle aventure de nos deux insectes préférés! Rafraîchissant!
4. "Nina chez la reine d'Angleterre" de Rutu Modan chez Actes Sud. Un livre parfaitement décalé et drôle par une auteure israélienne dont on apprécie aussi le travail en bande dessinée.
5. "Le chaperon rouge" de Clémentine Sourdais chez Hélium. Un livre tout en découpes qui n'est pas une nouveauté mais qui garde son statut de bestseller cette année encore.
6. "Anton et le cadeau de noël" de Ole Könnecke à La martinière. Un conte de noël tendre à l'illustration précise et délicate. Nouvelle réussite pour notre héros Anton.
7. "Le loup qui mangeait n'importe quoi" de Chris Donner et Manu Larcenet. Quand un auteur de bd se met au livre illustré, accompagné d'un texte rimé de Chris Donner, à mourir de rire!
8. "Le chat botté" de Clémentine Sourdais chez Hélium. Coup double pour cette illustratrice qui propose une belle version tout en découpes du conte de Perrault.
9. "Le trou" de Oyvind Torseter à la Joie de Lire. Un livre objet dont on a déjà parlé longuement qur ce blog.
10. "Issun Boshi l'enfant qui n'était pas plus haut qu'un pouce" d'Icinori chez Actes Sud.
Magnifique album aux couleurs éclatantes par le duo d"illustrateurs et sérigraphes Icinori.


Merci à vous pour votre confiance! Et rendez-vous dans nos rayons pour d'autres conseils et de nouvelles découvertes!



lundi 28 octobre 2013

Leo Lionni, l'homme derrière "Petit-Bleu et Petit-Jaune".

Ce nom vous est certainement familier, puisqu’il est l’auteur du célèbre "Petit bleu et petit jaune", un album jeunesse que nombreux d’entre nous ont lu alors qu’ils étaient enfants et qui est devenu un classique du genre. Paru en 1962, ce livre a une longévité exceptionnelle puisqu’il est toujours lu par les enfants d’aujourd’hui et qu’il tient une place de choix dans les librairies, les bibliothèques et les écoles. Tout le monde connaît le livre mais peu connaissent l’homme qui se cache derrière cette histoire universelle.

Leo Lionni est né en 1910 dans la banlieue d’Amsterdam d’un père tailleur de diamants et d’une mère chanteuse d’opéra. Il grandit dans une famille cultivée et sensible à l’art. Ses parents possèdent un tableau de Chagall, "L’homme vert au violon sur des toits enneigés", que Lionni enfant ne cesse d’observer. Il y voit d’ailleurs le lieu de naissance secret de tout ce qu’il a écrit, peint ou imaginé.. Lionni est un enfant curieux, fin observateur de la nature. Il ramasse et collectionne toutes sortes d’objets. Il a dans sa chambre une table-nature sur laquelle il expose ce qu’il a collecté à l’extérieur. Cette idée de table-nature est chère aux pédagogies Montessori et Steiner qui se développent à l’époque et qui encouragent l’enfant à expérimenter par lui-même. Se côtoient sur sa table, des graines, des chenilles, des coquillages, des morceaux de bois sculptés, des terrariums remplis d’escargots, des plumes, des fleurs séchées, tout est soigneusement ordonné et étiqueté. On peut déjà voir les motifs de certains de ses albums pour enfants peuplés eux aussi de morceaux de nature.

Après un passage de deux ans à Bruxelles pendant lequel il apprend le français, Leo Lionni déménage aux Etats-Unis avec ses parents. En 1925, sa famille arrive à Gênes, et après avoir connu l’insouciance des matchs de basket et des bals de promo, Lionni découvre la montée du fascisme dans une Italie gouvernée par Mussolini. Il a 16 ans et tombe amoureux de la belle Nora Maffi, fille d’un activiste communiste. Il l’épouse en 1931. Ils ne se quitteront plus. Il entreprend des études de commerce pour faire plaisir à son père. Il trouve un emploi dans une compagnie pétrolière mais fréquente assidument les artistes. Il fait la connaissance de Marinetti qui voit en lui en grand futuriste. En 1934, il plaque tout et part à Milan, il trouve un travail dans un magazine d’architecture, il s’essaye au graphisme. Il y croise Saul Steinberg alors étudiant en architecture, il est fasciné par la rigueur de l’artiste il retient de Steinberg cette phrase" Messy art leaves no message". Inquiet par la montée du fascisme, ses origines juives le décident à fuir l’Italie, en1938, il part pour les Etats-Unis avec sa femme et ses deux enfants.
Il s’installe à Philadelphie et grâce aux relations de son père trouve un petit job dans l’agence de publicité Ayer. Il commence comme assistant à 50 dollars la semaine, mais après sa campagne réussie pour les automobiles Ford, il devient directeur artistique de l’agence. Il travaille ensuite pour Container, une grosse compagnie financière. Il y fait appel à des artistes comme Léger, Man Ray, De kooning pour ses campagnes de pub. ll engage même un certain Andy Warhol. Il est un des premiers designers à faire travailler des artistes pour la publicité. Pour une campagne pour General Electric, il rencontre Walter Gropius et le groupe du Bauhaus, qui lui demandent d’animer une session d’été au Black Mountain College, sorte d’université expérimentale à laquelle Remy Charlip a aussi été associé. Sa créativité est à nouveau stimulée et il tente de se consacrer à la peinture à plein temps. Il organise sa première exposition en solo composée de tableaux de plantes, réminiscences de son enfance. Mais la réalité le rattrape, il est devenu l’un des designers les plus en vue de l’époque et les propositions affluent. Le magazine Fortune, un hebdomadaire bien connu d’économie lui propose de relooker le magazine. Il accepte en freelance et réalisera de magnifiques couvertures.Il travaillera aussi pour Time, Life, le Moma., le magazine Print.

Pendant toute cette période il fréquente des groupes de la gauche intellectuelle américaine et prend conscience de la responsabilité sociale des designers.
En 1958, il conçoit une partie du pavillon américain pour l’expo universelle qui se tient à Bruxelles "The unfinished business" est une sorte de tunnel aux formes étranges. Comme le suggère son nom, on peut y voir des images représentant les problèmes non résolus de la société américaine avec une ébauche de solution. On y parle d’environnement, de pauvreté, de lutte raciale. Le pavillon a malheureusement été fermé après la visite d’ un membre du Congrès américain un peu susceptible..

Leo Lionni a bientôt 50 ans et mène la carrière parfaite. Un jour qu’il rentre de New York en train, il essaye d’occuper ses deux petits-enfants, Pippo et Ann, alors âgés de 5 et 2 ans et décide de leur raconter une histoire. Il sort un exemplaire du magazine Life et commence à déchirer de petits ronds de couleur, qu’il pose ensuite sur le dos de son cartable. Il y a un petit rond bleu ami d’un petit rond jaune, inséparables ces deux-là s’embrassent et deviennent un petit rond vert que leurs parents ne reconnaissent plus, il leur faudra pleurer des larmes bleues et jaunes pour redevenir eux-même et retrouver leur famille.

L’histoire fait mouche, et en plus d’avoir conquis ses petits-enfants, Leo Lionni a captivé les passagers du wagon qui l’applaudissent à tout rompre. Rentré chez lui, Lionni s’assit à sa table, il déchire un nombre égal de ronds de papier bleu et jaune et la moitié de vert. Il préfère les déchirer que de les découper aux ciseaux car un découpage trop net rendrait la forme trop mécanique pour être une chose vivante. Il met le livre en page et dès le lendemain envoie son projet à un éditeur de livres jeunesse. Le projet est accepté et la nouvelle carrière de Leo Lionni est lancée. Il quitte les Etats-Unis, abandonne le métier de designer et s’installe en Italie pour se consacrer à ses projets personnels. Après avoir tant créé pour les autres, il veut se recentrer sur l’art, la peinture, cette envie de créer qui l’a toujours animé.
C’est une nouvelle vie qu’il entame et se donne corps et âme dans l’écriture de ses histoires pour enfants. Il publie 28 livres jeunesse. Il expérimente différentes techniques, il utilise beaucoup les collages, il découpe, déchire des papiers marbrés qui ne sont pas sans rappeler les terrariums et les fossiles de son enfance. Il aime jouer avec les matières, et ose tous les mélanges. Les histoires de Lionni sont autant de fables nous amenant à réfléchir sur notre condition humaine, même si les personnages sont tous des animaux.
"Frédéric "est une relecture de la fable de la Cigale et de la fourmi. Lionni prend le parti de la cigale et pose plus largement la question de l’utilité de l’artiste dans notre société. Cest bien Frédéric, le poète qui redonne espoir à ses condisciples au plus profond de l’hiver.
Dans "le rêve d’Albert", l’auteur raconte la naissance d’une vocation artistique qui n’est autre que la sienne. Derrière Albert la souris, on reconnaît Lionni enfant fasciné par le tableau de Chagall qu’il contemplait si souvent .
Tous les héros de Lionni affrontent la peur de soi, de l’autre et du monde. "Pezzetino" offre une belle synthèse de son oeuvre. "Pezzetino" est un petit bout qui se demande de quel grand tout il fait partie, mais finit par découvrir qu’il n’en est rien, il est simplement lui. Lionni lui aussi a rassemblé tous les morceaux de sa carrière tout en facettes, pour devenir un auteur de livres jeunesse particulièrement aimé des enfants. "Je suis bien moi" clame Pezzetino.

Leo Lionni s’éteint en 1999 à l’âge de 89 ans. Mais ses livres continuent leur chemin auprès des enfants qui s’approprient totalement ses histoires car elles expriment de façon simple et directe leurs différents sentiments.

(ce texte est issu d'une rubrique que j'anime sur Radio Grandpapier)