dimanche 26 juillet 2015

Vivement l'automne!

Ce n'est pas tous les jours que je dis ça, mais depuis que nous avons reçu le programme des éditions Hélium pour l'automne, je suis presque impatiente que septembre soit là! De nouveaux talents (Camille Révillon, Mathieu Lavoie...), la réédition des superbes livres de John Reiss (à voir ici dans leur version Vintage), des pop-ups qui ont l'air d'être spectaculaires et un Petit Poucet tout découpé par Clémentine Sourdais...

Soeurs...

J'étais déjà super fan de Raina Telgemeier : avec un minimum d'effets graphiques et une tonne d'humour, elle nous avait raconté dans "Smile" ses péripéties orthodontiques d'enfance et dans "En scène" l'histoire de Callie, une jeune ado qui découvre le monde du spectacle lorsqu'on lui confie le décor de la représentation théâtrale de son lycée. Justesse et fraîcheur sont peut être les mots qui caractérisent le mieux le travail de Raina Telgemeier, deux qualificatifs qu'on peut appliquer à son nouveau livre "Soeurs" que je recommande à tous ceux et celles qui ont des soeurs (et aussi à ceux qui n'en ont pas pour voir ce qu'ils perdent!). Super!


dimanche 28 juin 2015

Des talents à suivre

L'exposition de fin d'année de l'Académie des Beaux Arts, section illustration, se termine ce weekend... Si vous n'avez pas eu le temps d'y faire un tour, retrouvez en ligne trois jeunes talents qui finissent cette année leur Master en illustration : Thibault Gallet et ses petits bonshommes déjantés, l'univers incroyable de Virginia Foletti et les couleurs sublimes de Julie Bernard. Trois personnalités totalement différentes ce qui prouve que cette école belge développe des talents mais ne les formate pas!

samedi 13 juin 2015

Selfies de livre

En vrac et parce que notre page Facebook continue à coincer pour l'instant, quelques images de nos tables!
Une petite histoire simple et fraîche, celle d'une petite poule qui découvre la grande ville...
Une nouvelle aventure de Sérafina, avec la mer, un barbecue sur la plage, une tempête... qui donne envie d'être en été!
Un séduisant conte de Yannick Jaulin avec un bizarre patois - peut être vendéen? - pour des ritournelles qui vont vous rester en tête,
Des images superbes pour un conte émouvant, l'histoire de Jérémy Button, un enfant né en Terre de Feu et amené par Darwin en Angleterre pour être "civilisé"...
Deux magnifiques "premières lectures" dans la collection Mouche de l'école des loisirs, textes et illus, elles ont tout bon!
Un petit plongeon dans l'eau fraîche avec Kimiko. Profitez bien de ce début d'été!




vendredi 10 avril 2015

Bienvenue à New York...


Jocelyn, jeune frenchie à peine sorti du nid débarque à New York en 1948. Il s'installe à la pension Giboulée, une pension normalement réservée aux jeunes filles... Mais on est pas à l'époque d'internet, et Jocelyn en anglais aurait tout aussi bien pu être Jocelyne... Le malentendu n'apparaît que lorsque le jeune garçon se pointe sur le perron de la pension.. Heureusement, Jocelyn, tout juste sorti des jupes de sa mère semble tout à fait inoffensif. Il pose donc ses valises à Giboulée et la grande vie peut commencer. Il fait assez vite sa place au milieu de toutes ses jeunes filles qui rêvent de monter sur les planches de Broadway et de dîner en tête à tête avec Cary Grant. Au milieu des répétitions de comédies musicales, ou dans les bars enfumés de Harlem, le jeune Jocelyn fait son "éducation".
Malika Ferdjoukh a le chic pour installer une ambiance, dès les premières pages, on est plongé dans cette Amérique d'après-guerre, celle de Cary Grant, mais aussi de Sarah Vaughan.
"Broadway Limited" est un petit bijou qu'on ne peut pas lâcher. Lisez-le vite!!!!

"Broadway Limited, Un dîner avec Cary Grant" est publié à l' Ecole des Loisirs 




lundi 30 mars 2015

Ezra Jack Keats, l'homme des révolutions tranquilles.

J’ai découvert les livres d’Ezra Jack Keats grâce au travail de LoÏc Boyer, un graphiste passionné de littérature enfantine qui a créé une collection aux éditions Didier jeunesse « Cligne Cligne ». Cette collection a pour but de faire découvrir au public francophone des perles oubliées chinées aux quatre coins du monde. C’est comme ça que j’ai eu entre les mains « Un garçon sachant siffler », et j’ai eu envie de creuser.

Ce qui frappe dans les livres de Keats c’est que ses héros sont des enfants à la peau noire, et je peux dire par mon expérience de libraire, que les enfants de couleur sont quasi inexistants dans la littérature jeunesse du 20ème siècle, mis à part dans le rôle du bon sauvage, ou celui du petit africain crevant de faim. Je caricature un peu mais on n’en est pas loin. Combien de fois ne me suis-je pas sentie démunie face à des parents à la recherche d’albums dans lesquels seraient représentés des enfants noirs ou métisses… L’offre est quasi nulle… Et pourtant dans les années 60, l’américain Ezra Jack Keats a mené sa petite révolution. Son premier album solo « The snowy day » (jour de neige en français) est considéré comme le premier album jeunesse moderne avec comme héros un enfant afro-américain. Paru en 1962, au moment où le combat pour les droits civiques bat son plein, ce petit livre sans prétention est devenu une sorte de symbole du mutliculturalisme de la société américaine.
On est pourtant loin du manifeste, puisque « The snowy day » raconte l’histoire de Peter, un petit garçon qui découvre les joies de la neige pour la première fois. Il se réveille un matin et découvre la ville sous un blanc manteau de neige. Il enfile son anorak rouge et sort se balader, il fait alors la découverte des plaisirs et des jeux dans la neige avant de rentrer se mettre au chaud, une boule de neige dans la poche pour continuer à jouer le lendemain. Quelle n’est pas sa déception le matin suivant quand il voit que la boule a disparu, heureusement il neige toujours dehors et d’autres jeux s’annoncent… Le texte est la simplicité même et pas une seule fois il n’est question de la couleur de peau de Peter.
Ce qui a surpris le public de l’époque c’est que Keats lui-même n’était pas noir…
Ezra Jack Keats est né Jacob Ezra Katz le 11 mars 1916 à New York dans une famille d’immigrants juifs polonais. La famille vit dans les quartiers pauvres de Brooklyn et peine à survivre. Enfant, Jack est très créatif, il adore dessiner et crée des petits tableaux avec tout ce qu’il peut récupérer dans la rue, morceaux de bois, vieux vêtements et papiers froissés. Son père n’est pas du genre à l’encourager, mais de temps en temps il lui ramène des tubes de peintures que des artistes soi-disant crève-la-faim lui ont échangé contre un bol de soupe. A 17 ans, le jeune homme gagne un concours national de peinture organisé par les éditions Scholastic, avec un tableau représentant une bande de clochards se réchauffant autour d’un braséro. Son père décède peu après d’une crise cardiaque au beau milieu de la rue. La grande dépression sévit toujours et Jack est obligé d’enchaîner les petits boulots pour survivre. Il réalisera des peintures murales pour l’administration du New deal avant d’être engagé pour dessiner les décors des comics de Captain Marvel. Il passe son service militaire (de 1943 à 1945) à imaginer des motifs de camouflage pour l’US Air Force. Après la guerre, il décide de changer de nom et américanise Jacob Ezra Katz en Ezra Jack Keats, à cause de l’antisémitisme ambiant.
  Il passe une année à Paris en 1949, poursuivant comme tant d’autres le rêve de devenir un grand peintre. Mais de retour à New York, il a besoin d’argent et il prend tous les boulots d’illustration qui se présentent. Il fait du travail de commande pour des présentoirs de cartes postales, il vend ses peintures dans les vitrines d’une librairie de la 5ème avenue à des prix dérisoires. Il commence à publier dans le Reader’s digest, Collier’s, et Playboy. Il réalise aussi de nombreuses couvertures de romans, et c’est comme ça qu’il fera la connaissance d’Elizabeth Riley, une éditrice de livres pour enfants. C’est dans une librairie New Yorkaise qu’elle repère une couverture de Keats, elle le contacte et lui propose d’abord d’illustrer un livre d’Elisabeth Hubbard Lansing, « Jubilant for sure », qui raconte les aventures d’un petit garçon dans le Kentucky. On est évidemment loin des décors New Yorkais qu’il prendra tant de plaisir à représenter dans ses livres futurs. De 1954 à 1962, Keats illustre de nombreux albums jeunesse avant de se lancer comme auteur-illustrateur avec « The snowy day ». Il reçoit avec ce livre la Caldecott medal en 1963, un prix prestigieux qui a par ailleurs récompensé « Max et les maximontsres » de Maurice Sendak ou « Sylvestre et le caillou magique » de William Steig.

 Fort de ce premier succès, Keats reprend le personnage de Peter et publie « Whiste for Wilie » (« un garçon sachant siffler »)en 1964. Les déambulations d’un enfant à travers la ville qui s’essaie à siffler. Il écrira 7 livres avec le personnage de Peter, ce petit afro-américain dont l’univers s’élargit au fil des albums, on rencontre ses parents, sa petite soeur, ses amis, jusqu’à ses voisins dans le livre « Appartement 3 » qui met en scène un Peter presque ado. Le point commun de tous ses albums, outre les enfants afro-américains, est qu’ils se déroulent tous à New York et plus particulièrement dans les quartiers pauvres et délabrés de Brooklyn où Keats a grandi. La ville est plus qu’un décor pour Keats, elle en devient personnage. La rue est le terrain de jeux favori des enfants comme Peter. L’environnement urbain est représenté de manière plus ou moins réaliste, on reconnaît les toits des immeubles délabrés de Brooklyn, les water tank, les cordes à linge et les murs en brique recouverts de graffitis, mais Keats sublime ces décors et les rend extrêmement poétiques. Sa technique est mixte, il utilise le collage, il découpe dans des papiers de couleurs, dans des tissus, dans des journaux, qui’l recouvre parfois de gouache. Les personnages apparaissent comme des silhouettes sur des aplats de couleur, on ne voit que très peu de détails de leurs visages, et pourtant par leurs attitudes on devine leurs expressions.
 Par leur côté novateur, les livres de Keats ont fait parler d’eux dans les années 60. A un moment où l’Amérique était traversée par le débat sur les droits civiques, la parution de ses livres n’est pas passée inaperçue. Keats a d’ailleurs essuyé de nombreuses critiques des leaders noirs américains, qui trouvaient qu’il n’avait pas été assez loin dans la représentation de la communauté noire et que finalement Peter aurait tout aussi pu être blanc.
Malgré tout, ses livres ont connu un immense succès, et Keats a reçu de nombreux témoignages de soutien de parents, d’enfants et d’enseignants à travers tout le pays. Il a notamment reçu une lettre d’un professeur qui disait que pour la première fois ses élèves utilisaient des crayons de couleur bruns pour se dessiner, alors que jusqu’alors ils s’étaient toujours dessinés roses.. Grâce aux livres de Keats, les enfants afro-américains, pouvaient s’identifier à leurs héros. Ils se reconnaissaient enfin !
Keats a toujours refusé d’être associé à un combat politique, il n’a jamais envisagé ses livres comme un manifeste. Son but était juste de faire des histoires universelles qui plairaient à tous les enfants, peu importe leurs origines.
Il a continué à publier des albums jeunesse jusqu’à sa mort en 1983. Keats ne s’est jamais marié et n’ a jamais eu d’enfants. Il avait décidé qu’après sa mort, tous les royalties de ses livres seraient reversés à une fondation qui aurait pour but de promouvoir la lecture dans les écoles et les bibliothèques publiques. Cette fondation existe toujours aujourd’hui.
 Grâce au travail de défrichage de Loïc Boyer, on peut lire deux des albums de Keats en français aux éditions Didier jeunesse « Un garçon sachant siffler » et « La chaise de Peter ». « Jour de neige », aka « The snowy day » a été traduit dans les années 90 en français chez circonflexe. Il reste à ce jour un classique incontestable de la littérature jeunesse américaine…

vendredi 16 janvier 2015

Crasse Tignasse and co



Rien ne nous prépare mieux à tenir tête ( à la meute, à la peur, à l'autorité, à l'existence même) que l'expérience solitaire de la liberté, et, franchement, quel meilleur champ d'exercice, plus vaste, plus divers, plus sauvage, plus scandaleusement personnel, que la lecture ?  Marie Desplechin, "Lire est le propre de l'homme"

Effectivement, quoi de mieux que la lecture pour expérimenter la liberté de pensée. La lecture permet l'ouverture sur un monde infini, elle permet de vivre plusieurs vies, d'éprouver toutes les émotions, elle permet de se mettre à la place de l'autre, d'être l'autre, au-delà de soi-même. La littérature jeunesse est primordiale dans l'éducation des enfants, elle leur donne la possibilité d'exprimer leurs choix, de former leurs goûts, de se confronter à la diversité. La diversité, c'est bien de ça dont il est question, diversité des littératures , il est important de laisser la place à toutes les formes de littérature jeunesse.

Récemment, des livres jeunesse ont été au centre de polémiques en France. On a voulu brider la parole de certains auteurs au nom de la morale. Ces tentatives de censure ne datent pas d'hier, on se souvient que les livres de Tomi Ungerer, auteur majeur du 20ème siècle, ont été interdits aux États-Unis pendant plus de 40 ans, car parallèlement à son travail d'auteur jeunesse, Ungerer publiait des dessins satiriques et pornographiques.

Le chef d’œuvre de Maurice Sendak « Max et les maximonstres » fut proclamé en France à sa sortie « le livre le plus exécrable de l'année » par certains critiques. Il fut banni de certaines bibliothèques. Pour Sendak, le problème c'est les adultes qui pensent à la place des enfants :

Les gens sont toujours frappés de voir des enfants qui font et disent ce qu’ils ont envie, et pas ce que les adultes ont envie de les entendre dire ou faire. Les enfants agacent les adultes. Je crois que la plupart des adultes n’aiment pas vraiment les enfants ou ne sont pas à l’aise avec eux. Je sais que beaucoup de parents n’observent pas leurs enfants, beaucoup de parents ne leur prêtent pas attention. Donc ils ne savent pas ce qu’ils sont réellement.


Cette citation s'applique aussi très bien au livre dont je vais vous parler aujourd'hui. Ce livre a été ignoré du public francophone pendant plusieurs décennies. Il s'agit du célèbre « Crasse Tignasse » réapparu en 1979 à l'école des Loisirs dans l'excellente traduction de François Cavanna, Charlie Hebdo n'est pas loin, puisque Cavanna est un des fondateurs du journal satirique. Et il a commis un texte pour enfants,planquez-vous !

Ce livre est né de l'imagination d'un médecin, aliéniste, Henrich Hoffman il y a plus de 150 ans.

Alors que Noël 1844 approche, le Dr Hoffman se met en quête d'un livre d'images à offrir à son fils de 3 ans. Il écume les librairies, mais tout ce qu'il y voit lui semble incroyablement mièvre, moralisateur et terriblement ennuyeux. Il finit par rentrer chez lui avec un carnet vierge sous le bras. Il l'écrira lui-même, ce livre !!

Exerçant la médecine générale auprès des enfants, il reçoit souvent de jeunes patients terrorisés et inquiets. Pour dédramatiser l'acte médical, il griffone les dessins de petites histoires qu'il invent au fur et à mesure, et ça marche la plupart du temps. Il reprend ce matériel et crée les histoires de « Struwwelpeter ». Les textes sont rimés et les dessins, sortes de séquences préfigurent déjà la bande dessinée.

Le fils d'Hoffman est ravi et le petit livre auto-édité commence à circuler, jusqu'à tomber entre les mains d'un éditeur intéressé. Le livre est publié en 1846, le succès est immédiat. 30 ans plus tard, le « Struwwelpeter » en est déjà à sa 100ème édition en allemand.

Quant aux histoires elles mettent en scène des enfants pas sages, qui après avoir commis d'horribles bêtises sont punis plutôt sévèrement. Mais le but d'Hoffman n'était pas de créer des chutes moralisatrices, il voulait d'abord faire rire en utilisant l'absurde. Car aucune des situations décrites n'est réaliste. Derrière ses allures pédagogues, Hoffman est surtout un maître du nonsense. On a souvent reproché au livre sa cruauté, mais ce qui prédomine c'est le rire. Même si la cruauté est bien présente...

Le livre a mis du temps à s'imposer en France, notamment parce qu'on lui reprochait l'absence de délimitation du bien et du mal. Il y a eu plusieurs traductions en français au fil des années. Il y a même une version post soixante-huitarde illustrée par Claude Lapointe, où l'on découvre un Pierre l'ébouriffé hippie défenseur de la nature. On est loin du gamin aux cheveux sales d'Hoffman.

Mais il faudra attendre 1979 et la traduction de Cavanna pour retrouver l'esprit d'origine, cet humour noir qui ravit les petits en même temps qu'il les terrifie.

Je terminerai par cette phrase d'Hoffman:

 La stricte raison ne peut émouvoir une âme d'enfant mais la fait dépérir misérablement .

(extrait de ma chronique radiophonique à l'émission Radio Grandpapier sur Radio Campus ce mercredi 14 janvier)