jeudi 1 août 2013

Quelques façons de se rafraîchir!

Un peu de fraîcheur? La solution est dans les livres... Se mettre tout nu (Taro Gomi, "C'est l'heure du bain, petit lion!" chez Autrement), croquer dans une pastèque juteuse (Hana Doskocilova et Zdenek Miler, "La petite taupe et le parapluie" chez Autrement), plonger dans les vagues (Charlotte Gastaut, "Le grand voyage de Mademoiselle Prudence" chez Flammarion)...




dimanche 23 juin 2013

L'héritage des petits livres d'or.


C'est toujours un plaisir que de dénicher des livres rares, des livre qui s'intéressent à la littérature jeunesse, comme un genre à part entière. C'est le cas de ce très beau livre sur la collection des petits livres d'or, une collection reconnaissable entre tous par sa jolie tranche dorée et qui a accompagné de nombreuses générations d'enfants à travers le monde. Le "Golden Legacy" tente de nous montrer à quel point cette collection a modifié les habitudes des lecteurs et a profondément marqué le monde du livre pour enfant en découvrant de nombreux auteurs et illustrateurs, reconnus aujourd'hui parmi les meilleurs de leur temps. C'est en 1942, en période de guerre, qu'est lancée la collection des petits livres d'or à 25 cents. Dans cette période de privations pour de nombreuses familles, les petits livres d'or étaient accessibles à tous grâce à leur prix défiant toute concurrence, on pouvait les trouver un peu partout, dans les commerces de proximité, il était donc facile des se les procurer, et c'est de cette façon que la collection a petit à petit pénétré les foyers américains.

Le livre de Leonard S. Marcus, en plus de parler des débuts de la collection, explique à quel point elle a contribué à faire évoluer le monde de l'édition jeunesse. Même si au début, ses livres à petits prix étaient boudés par les libraires et les critiques, qui les voyaient comme un produit de masse comme un autre. C'est en 1948, que Richard Scarry, alors complètement inconnu, fait son apparition dans la maison en réalisant une double page publicitaire pour la collection. Il deviendra un des illustrateurs emblématiques de la collection. Leonard S. Marcus insiste aussi sur le lien entre l'industrie naissante du dessin animé et les petits livres d'or. En effet, de nombreux artistes travaillant pour Disney ou pour le studio concurrent Walter Lantz débarquent sur la Côté Est et sont introduits aux éditeurs des petits livres d'or. Parmi eux, le couple Alice et Martin Provensen, auteurs des "Color Kittens", ou encore Mary Blair dont l'empreinte et le style sont reconnaissables dans Alice au pays des merveilles ou Peter Pan de Disney.

Mais ce livre est vraiment plus qu'un livre d'histoire, car en plus d'être incroyablement bien documenté, il contient des interviews d'illustrateurs contemporains (Steven Guarnaccia parle de l'influence de Feodor Rojankovsky, William Joyce de celle de Garth Williams...) qui rendent un hommage émouvant à leurs aînés.On y trouve aussi de nombreux dessins, un nombre incalculables de couvertures et des documents photographiques rares qui montrent les auteurs au tavail!
Pour ne rien gâcher, le livre est préfacé par Eric Carle, l'auteur du besteller "La chenille qui fait des trous". 

Certains petits livres d'or ont été republiés en français ces dernières années par les éditions Deux Coqs d'Or, parfois avec une couverture et un format différent des éditions originales. Les anciennes éditions sont assez bien recherchées pour le style retro et le souvenir qu'elles évoquent aux parents ou grands-parents d'aujourd'hui.

"Golden legacy, How Golden Books won Children's hearts, changed publishing forever, and became an American icon along the way".
Leonard S. Marcus, Golden Books, Random House, 2007, 39.49 euros.

jeudi 20 juin 2013

Remy Charlip, chorégraphe de l'image.

Aujourd’hui, je vais vous parler de Remy Charlip, auteur ilustrateur américain, peu connu dans nos contrées francophones, mais dont le travail est peu à peu redécouvert grâce aux formidables éditions nantaises Memo.


Né en 1929 à Brooklyn dans une famille d’immigrés russes, Remy Charlip se tourne assez vite vers les disciplines artistiques, puisqu’il étudie le desing textile dès le lycée. Il entre ensuite à l’école des Arts décoratifs Cooper Union toujours à New York. Une deuxième voie s’ouvre à lui et c’est à la prestigieuse académie Juilliard qu’il apprend à danser. A 20 ans, il danse dans "les Mariés de la tour eiffel" de Jean Cocteau et dans "the only jalousy of emer" du poète anglais Yeats sur une partition musicale de Lou Harrisson, figure majeure de la musique expérimentale , qui deviendra son compagnon de vie durant de longues années. C’est grâce au compositeur que Remy Charlip fera la connaissance de l’avant-garde des années 50. Il rencontre notamment Merce Cunningham, avec qui il fonde une compagnie de danse toujours active aujourd’hui. (pour ceux qui ne connaissent rien à la danse Merce Cunningham est considéré comme le chorégraphe ayant opéré la transition entre la danse moderne et la danse contemporaine). A la même époque, il commence à collaborer avec le Black Moutain College, sorte d’Université expérimentale pré-hippie et multidisciplinaire qui a fait émerger des artistes comme le musicien John Cage ou le peintre Robert Rauschenberg. Remy Charlip prend part à cette aventure artistique particulièrement riche dans l’histoire de l’art américain. Leur crédo est l’expérimentation, et la fusion totale entre l’art et la vie. A cette même époque naît l’expérience du Living theatre en réaction aux théâtre formaté joué sur Broadway. Remy Charlip signe la première chorégraphie pour la troupe.

 C’est à peu près à la même période qu’il commence à publier des livres pour enfants. Il en a publié une trentaine, certains sont devenus de vrais classiques aux Etats Unis. Je ne vais évidemment pas pouvoir parler de tous ses livres, je vais donc me concentrer sur ceux qui ont été traduits en français
"Ou est qui ?" , est un assez mauvais titre en français, puisque le titre original est "Where is everybody". Le livre est constitué d’une suite de plans fixes dont les éléments changent à chaque page, apparaissent à tour de rôle un oiseau, le soleil, des montagnes, une rivière, un poisson qui composent un grand paysage, qui occupe la double page. Mais les nuages s’amoncellent et la pluie tombe, tout et tous disparaissent, mais où sont-ils ? Un livre en forme d’énigme au graphisme plus que minimaliste qui s’adresse aux tout petits. De par son expérience de chorégraphe, Remy Charlip envisage le livre comme une scène de théâtre, au fil des pages, il dévoile ce qui était caché, il cache autre chose, il crée la surprise, organise l’entrée en scène de l’élément suivant.

"Déguisons-nous", raconte en très peu de mots, la fête improvisée d’enfants qui décident de se déguiser et recyclent des objets de leur quotidien pour se transformer. Cet album fait écho à la création, par l’auteur, des Paper bag Players, une compagnie de théâtre pour enfants, toujours active aujourd’hui, qui veut stimuler la créativité des enfants en imposant l’improvisation et l’introduction d’objets de la vie de tous les jours dans les spectacles.

 "Heureusement", est son besteller, c’est un livre que tous les petits américains connaissent. Pour vous donner une idée du succès, depuis 2006, il s’en est vendu plus de 100 000 exemplaires.
 
 On va de catastrophes en surprises, dans une suite de rebondissements des plus farfelus. C’est un livre qui fonctionne évidemment sur la répétition et l’alternance des pages colorées et des pages en noir et blanc. Le propos est simple, mais n’est pas sans évoquer le contexte politique et social des années 60 aux Etats-Unis. Le livre se veut la métaphore d’une époque en dents de scie, c’est à la fois l’élection de Kennedy qui redonne de l’espoir à une partie des américains, c’est aussi la guerre du Vietnam, les émeutes raciales, etc… Paradoxalement, les années 60 représentent l’âge d’or de l’album jeunesse aux Etats- Unis, émergent à l’époque des auteurs comme Maurice Sendak, Tomi Ungerer, André François, Margaret Wise Brown (l’auteur de "Bonsoir lune", qui a aussi collaboré avec Remy Charlip), la plupart sont publiés chez Harper and Row, maison dirigée à l’époque par Ursula Nordstrom à qui la littérature jeunesse doit beaucoup. Le livre jeunesse devient un véritable espace de création, tout ou presque y est permis, et Remy Charlip fait partie de cette génération qui a profité de cette ère de liberté dans le livre pour enfants.


 Remy Charlip est décédé le 14 août 2012 à l’âge de 83 ans, il n’a jamais cessé de créer que ce soit des livres pour enfants ou des chorégraphies. Il y a pour lui un lien fondamental entre la chorégraphie et le livre d’images. Deux formes de création qui comme la bande dessinée ou le théâtre ont en commun la capacité d’être transformées, mises ne boucle, coupées et réorganisés. Ces deux mondes étaient intrinsèquement reliés pour lui. Il aimait dire qu’il chorégraphiait en images. Son projet "Reading dance" en est le résultat concret : une série de dessins représentant un personnage sans visage lisant un livre dans un fauteuil dans différentes positions. Le lecteur devient danseur, la lecture est elle-même chorégraphiée. Il en tire une performance qu’il réalisera à Paris avec certains de ses amis danseurs, on y voit un vieux bonhomme un livre la main, exécutant d’étranges figures dans un fauteuil. Il dessinait aussi des chorégraphies qu’il envoyait à des compagnies de danse à l’étranger, ils les appelaient les "Airmail dances".

 
 Grâce à l’action de passionnés comme Elisabeth Lortic des éditions des Trois Ourses, ou Christine Moreau de Memo son travail a été redécouvert en France, et certains de ses livres ont été traduits pour la toute première fois. En 2004, il confie à l’illustrateur Erik Dekker son dernier projet de livre qui s’intitule "Rien" où il se moque de la vacuité de la publicité télévisée. Un dernier livre donc, plein de fantaisie, mais qui fait le constat d’une société qui a changé, bien différente de celle dans laquelle Remy Charlip a évolué. Remy Charlip a connu une vie bien remplie dévouée à ses passions, danse et illustration!

Voici la liste des titres disponibles en français :

"Où est qui", Remy Cahrlip, Memo
"Déguisons-nous", Remy Charlip, Memo
"Heureusement", Remy Charlip, Memo
"Rien", Remy Charlip & Erik Dekker
"Maman, Maman, j'ai mal au ventre", Remy Charlip & Burton Spree
"On dirait qu'il neige", Remy Charlip, les Trois Ourses
"Mon chat personnel et privé spécialement réservé à mon usage particulier", Remy Charlip & Sandol Stoddard, Memo
"Une chanson pour l'oiseau", Remy Charlip & Margaret Wise Brown, Didier jeunesse

vendredi 14 juin 2013

Oyvind Torseter le trait avant tout!

On avait déjà été intrigué par "Mr Random" publié en 2002 au Rouergue. Un album en forme de rêve éveillé peuplé de personnages aux têtes d'animaux. Ce n'est qu'en 2009 qu'on a retrouvé  avec bonheur cet auteur-illustrateur norvégien avec le livre "Détours" paru aux éditions genevoises de la Joie de Lire. Un album au dessin très original, élégant mais tordu, qui a remporté un prix au prestigieux Salon du livre de Bologne. On a su qu'il fallait compter sur ce norvégien au nom imprononçable tant l'univers qu'il déployait était puissant. Et 2013 est l'année Torseter avec deux livres parus respectivement à La Joie de Lire et chez Cambourakis. Deux albums finalement assez différents, tant sur le plan narratif que sur le plan visuel.



"Le trou" est un album concept, qui comme son titre l'indique est percé d'un petit trou qui traverse le livre.
On assiste au déménagement du  héros, un homme affublé d'une tête animale, qui arrivé dans son appartement découvre un trou dans le mur, mais au fil des pages le trou se déplace, et Torseter reconstruit les images autour de lui.Vite obsédé par l'existence du trou, notre héros appelle un centre de recherches scientifiques qui examinera le trou sous toutes les coutures. Les premières pages du livre sont impressionnantes au niveau de la construction, et chaque page est réellement un rebondissement, car ce trou qui nous semble immobile n'arrête pas de se déplacer dans le décor. La deuxième partie de l'histoire est un peu moins intéressante, on ne comprend pas très bien l'intervention de ses scientifiques, tant le huis clos dans l'appartement fonctionne! C'est néanmoins un livre à acquérir pour son originalité et sa très belle réalisation. Saluons pour cela La Joie de Lire qui nous épate d'année en année.

"Pourquoi les chiens ont la truffe humide" est un conte étiologique (lorsqu'une histoire, orale ou écrite, a pour but de donner une explication imagée à un phénomène ou une situation dont on ne maîtrise pas l'origine) signé Kenneth Steven et illustré par Oyvind Torseter. Le récit commence il y a très longtemps sous une très fort pluie...Heureusement un homme du nom de Noé construisit un bateau pour que puissent s'y réfugier hommes et animaux. Tout le monde embarqua à bord, même le chien de Noé qui traînant la patte monta le dernier. Au cours du voyage, un trou (encore un) apparut dans la coque du navire, heureusement Noé n'était pas à court d'idées et utilisa la truffe de son chien adoré pour boucher le trou! C'est depuis lors, depuis l'Arche de Noé, que les chiens ont la truffe humide! Kenneth Steven nous offre relecture décalée de l'Arche de Noé, on est bien loin du récit biblique. Le ton de l'album est vraiment particulier et a un côté humoristique dans le bon sens du terme. Les dessins au trait de Oyvind Torseter sont subtils et vraiment drôles et contrairement aux autres albums du norvégien, on sent qu'ici il s'adresse principalement aux enfants. Les grandes doubles pages où l'on voit les animaux à l'intérieur du bateau sont surprenantes, il y a plein de détails à observer, du cerf DJ, en passant par le rhino guitariste, le tigre dévoreur de livres et j'en passe... La finesse des illustrations de Torsteter est accompgnée d'une mis en couleurs parcellaire mais efficace avec des encres presque fluos! Un album qu'on vous recommande pour les petiots dès 5 ans!






samedi 25 mai 2013

André François, "l'épreuve du feu".


André Farkas naît en 1915 à Timisoara. Après des études aux beaux-arts de Budapest, il quitte la Hongrie pour Paris, ville aimant pour les artistes. Il commence par travailler auprès de Cassandre, grand affichiste français d’origine ukrainienne, influencé par l’école du Bauhaus. Cassandre s’intéressait beaucoup à la typographie, il créa notamment les polices Bifur et Acier. C’est aussi lui qui créera le logotype d’Yves Saint Laurent. André Farkas apprend beaucoup dans cet atelier, c’est vraiment là qu’il découvre la communication visuelle qu’il pratiquera pendant plus de 60 ans. En 1939, il est naturalisé français et prend "François" comme nom d’artiste. Pendant la guerre il collabore à différents journaux satiriques.  C’est en 1947, qu’il commence à travailler pour Punch, un journal satirique anglais à la longévité impressionnante, puisqu’il a été publié de 1841 à 2002. Il y fait du dessin d’humour. Une compilation de ses dessins paraît aux USA dans les années 50, sous le titre "The tattoed sailor, cartoons from France". L’élément Made in France semble avoir son importance, même si ces dessins ont été réalisés pour un hebdomadaire anglais, la touche française fascine les américains. Et André François a la côte aux USA. Il sera un important collaborateur du New Yorker, comme un certain William Steig dont je vous ai parlé il y a quelques mois. Il réalisera de nombreuses couvertures essentiellement entre 1960 et 1990. (trente ans de présence dans un magazine aussi prestigieux c’est pas mal) Son talent de faiseur d’images est apprécié aussi en France, puisqu’en 1952, il publie un album pour enfants avec Jacques Prévert :"Lettres des îles Baladar". Ce livre est un pamphlet anticolonialiste réalisé à quatre mains par les deux compères. Pendant la genèse du projet, les deux hommes se voyaient deux fois par semaine à Paris. Prévert inventait un bout d’histoire qu’il soumettait à André François, qui imaginait alors quelques images, de là Prévert écrivait un texte définitif. Un véritable échange s’opère entre les deux artistes, aux jeux visuels d’André François, répondent les jeux de mots de Prévert. 

 L’histoire raconte comment Baladar, une île heureuse est soudain envahie par le Grand Continent, qui compte bien profiter des ressources de l’île, et surtout de son or !!! Le récit fait bien sur allusion aux dérives du colonialisme sur un ton apparemment léger, mais rien n’y et épargné. Il évoque l’exploitation des indigènes, le vol des ressources naturelles, la destruction de l’environnement et les répressions parfois sanglantes. Ainsi l’actualité politique se glisse dans les pages de l’album, rappelons qu’en 1952, la France est en pleine guerre d’Indochine, et l’insurrection malgache de 1947 n’est pas si loin. A une époque où les livres pour enfants étaient plutôt complaisants par rapport au colonialisme , et du genre à encourager les clichés sur les populations colonisées (cf : Tintin au Congo, ou Babar en voyage), Prévert et François choisissent un singe comme héros. "Quatre mains à l’ouvrage", c’est le nom de leur personnage (en référence à leur collaboration) est un singe balayeur de rue immigré..Un beau pied de nez aux clichés racistes qui comparent les noirs à des primates !! Les dessins d’André François ont un coté vraiment très lâché, en les voyant je pense toujours aux dessins d’enfants, il y a un côté assez plat, il fait fi des perspectives. Les corps sont souvent déformés et désarticulés, les décors réduits à leur plus simple expression. Et puis il a un sens inné de la composition, ce qui l’a aidé dans un de ses nombreux métiers : la publicité.

Déjà mis sur les rails par Cassandre, c’est Robert Delpire qui va lui confier les plus grandes campagnes publicitaires de sa carrière. Robert Delpire est un grand éditeur et un sacré dénicheur de talents. Il a révélé au grand public des photographes tels que Brassaï, Cartier-Bresson ou Lartigues. Il a publié en France le livre "les américains" de Robert Franck. Il a créé la collection photopoche avec l’envie de démocratiser l’accès aux livres de photo. Il y publie aussi André François et Saul Steinberg, dans une sous-collection dédiée aux illustrateurs. Il édite plusieurs albums d’André François dont les fameuses "Larmes de crocodile".Lui et sa femme, la photographe Sarah Moon sont de grands amis de l’artiste. C’est avec lui qu’André François développe une campagne publicitaire pour Citroën. On retient surtout cette très belle image pour les 2CV, qui lui vaudra plusieurs récompenses internationales. On y reconnaît son goût pour les associations. Ses affiches publicitaires témoignent aussi d’une certaine liberté qui était donnée aux artistes à l’époque.  En 1966, André François réalise une campagne pour un laboratoire pharmaceutique. 45 ans plus tard, ces images deviennent un livre sous l’impulsion de Robert Delpire. Ce sont "Les rhumes". Ce livre est une sorte de bestiaire des différentes espèces de rhumes, puisque le rhume serait un petit animal, qui contrairement au mammouth ou au chienoptère aurait survécu jusqu’à aujourd’hui, mais pourquoi ? C’est ce qu’André François tente de nous expliquer. "Un rhume s’attrape facilement. Mais quand on a le choix on préfère ne pas en attraper. C’est pourquoi, il y a toujours énormément de rhumes. " Ce petit livre à l’humour décalé est parsemé de différents rhumes (rhume des foins, de cerveau, gros rhume, rhume de rien du tout), qui prennent vie sous le pinceau de l’artiste. Il les dessine directement à l’encre, ce qui leur donne un contour un peu flou. 

André François était aussi peinte et sculpteur, après un passage en Bretagne, il commence à sculpter avec du bois flotté et toutes sortes de matériaux de récupération. Il expérimente toutes les techniques, il travaille de manière complètement décomplexée, il touche à tout, il essaie, il s’amuse. Son oeuvre est multiple, elle revêt différentes formes.

André François n’a jamais cessé de travailler, sauf entre le 20 décembre 2002 et le 20 mars 2003. La nuit du 19 décembre son atelier est ravagé par un incendie, toutes ses oeuvres partent en fumée. André François accumulait tout, il ne vendait rien, ses originaux, ses peintures, ses sculptures, sa correspondance étaient empilés dans l’atelier au fond de son jardin. Il ne reste rien ou presque après la terrible épreuve du feu. L’artiste est en état de choc et doit être hospitalisé. Il rentre chez lui, et avec l’aide de sa famille il tente de sauver les quelques dessins encore ensevelis sous les décombres. 3 mois après l’incendie, il se remet au travail avec une rage créatrice peu commune pour un homme de 88 ans. En mars 2004, une exposition lui est consacrée au Centre Pompidou, il y présente 60 nouvelles oeuvres toutes réalisées après l’incendie ! André François s’éteint en avril 2005. Il laissera derrière lui une oeuvre incroyablement riche et diverse. Quelques mois après sa mort, un hommage lui est rendu sous la forme d’une exposition rassemblant plus de 45 illustrateurs souhaitant témoigner de leur admiration au maître. (on peut citer Quentin Blake, Beatrice Alemagna, Tomi Ungerer, Philippe Dumas, Claude Ponti)
Heureusement les livres subsistent, "les larmes de crocodile" est toujours édité, ainsi que les rhumes chez Delpire. Le "petit Brown" a été récemment traduit en français par les éditions Memo. "Les lettres des îles Baladar" avec Prévert est disponible chez Gallimard.  Je vous recommande d’écouter l’interview de Robert Delpire et Sarah Moon enregistrée en 2004 dans laquelle ils parlent de leur ami et du choc terrible qu’il a subi après l’incendie de son atelier. Sarah Moon a aussi réalisé un film documentaire ;"André François l’artiste".

mercredi 15 mai 2013

Délice du Nord...encore


Une fois n'est pas coutume, je craque sur un livre venu du Nord.... Quelque chose dans cette littérature me transporte et me touche en profondeur...

"Le châle de grand-mère" vient de paraître aux éditions Cambourakis dont on connaît plutôt l'excellent catalogue bande dessinée. Mais cette petite maison parisienne, déjà active en littérature étrangère, élargit maintenant sa production à la jeunesse avec des albums originaux. On avait déjà remarqué le livre d'un auteur coréen "Au voleur", sorte de course poursuite aux dessins hallucinés qui impliquait le lecteur à la recherche du fameux brigand.
L'album d'Asa Lind et Joanna Hellgren est un enchantement, une plongée dans l'enfance, celle des jeux loin du regard des adultes, celle des rêves éveillés et des secrets racontés sous la table du salon.
Biliam et sa cousine sont les meilleures amies du monde, elles aiment tout pareil, et surtout elles aiment réfléchir, réfléchir ensemble , rien que toutes les deux. Mais en cette journée d'hiver, en pleine réunion familiale, elles n'arrivent pas à réfléchir tant la maison s'est transformée en un véritable charivari. Elles cherchent un peu de tranquillité, pas possible sur le balcon, elles sont ensuite chassées de la salle de bain, et finalement c'est sous le châle de leur grand-mère transformé en tente, qu'elles réussissent à s'évader. "Dans la tente, il y avait le monde entier. Il y avait la place de réfléchir à tout ce qu'on voulait".  Quelques mois plus tard, leur grand-mère si bienveillante s'en est allée, et on retrouve les deux cousines devant la tombe de leur aïeule, disposant avec soin les cailloux blancs qu'elles ont collectionnés presque toute leur vie....
C'est un album sublime qui parle de la vie et de la mort, sans les opposer. La mort arrive ici comme dans l'ordre des choses. Les enfants, eux, continuent de jouer et de s'évader dans des lieux imaginaires, connus d'eux seuls, heureusement... Après la lecture de cet album, on a juste envie de retrouver l'insouciance de l'enfance et ce monde intérieur peuplé de mots et d'images qu'on a perdu au fil des années...

Les illustrations de Joanna Hellgren sont magnifiques. On avait déjà été séduit par l'univers de "Frances", la bande dessinée en 3 volumes parue elle aussi chez Cambourakis, qui nous faisait voir à travers les yeux d'une petite fille les joies et les tragédies d'une famille dysfonctionnelle.
Dans "Le châle de grand-mère", elle mélange différentes techniques et introduit la couleur absente de "Frances". Collages, crayons de couleur et aquarelle composent les très belles images de ce livre qu'on a envie de lire et relire!


samedi 13 avril 2013

Rencontre-lecture-dédicaces : Delphine Perret & Ludovic Flamant lancent les Fourmis Rouges!



Ce samedi 27 avril, nous recevons Delphine Perret et Ludovic Flamant pour leur livre « Il était mille fois » aux éditions des Fourmis Rouges.

Premier livre de cette toute jeune maison d'édition parisienne dirigée par Valérie Cussaguet, qui n'est pas une débutante puisqu'elle a oeuvré dans l'édition d'albums chez Thierry Magnier. Les Fourmis Rouges lancent en ce mois d'avril plusieurs livres d'images aux graphismes originaux et diversifiés.

Delphine Perret est diplômée des art décoratifs de Strasbourg, elle a déjà de nombreux livres à son actif, tant comme illustratrice que comme auteur-illustratrice. On avait eu un gros coup de coeur pour ses premiers projets publiés à l'Atelier du Poisson soluble (« Les jours bêtes », « Le peuple des sardines », etc.). Avec ses petits livres objets, Delphine Perret semblait autant réfléchir la forme que le fond. Avec « Moi le loup et les chocos », elle inaugure une série à l'humour décalé. Un petit garçon rencontre le grand méchant loup et décide de l'installer dans son placard, commence alors une amusante cohabitation. Bernard, alias Zorro, a plus d'un tour dans son sac, et les deux amis non contents de faire les quatre cent coups à la maison, partent en voyage avec Pépé et plus récemment construisent une cabane à la campagne. Petites scénettes en noir et blanc, ces histoires sont d'une grande sobriété mais d'une efficacité redoutable. Les dialogues entre ce petit garçon, lointain cousin d' Harold de Crockett Johnson, et ce loup au très long nez sont d'une incroyable finesse.
On peut y voir l'influence des grands auteurs américains qui publiaient des strips dans la presse chaque semaine, comme Charles Chulz, Ernie Bushmiller, Doug Wright et bien d'autres.

Dans « Il était mille fois », Delphine Perret illustre de son trait le plus fin et en couleur cette fois, un texte du belge Ludovic Flamant.

Ludovic Flamant est né en 1978 à Namur. Il écrit d'abord pour les adultes, et reçoit en 1995 et 1996 le prix International Jeunes Auteurs. Après avoir goûté à l'écriture théâtrale et romanesque, il se lance dans la littérature jeunesse et publie « Derrière la haie » avec Emilie Seron, l'histoire d'Ariane, qui comme Alice, passe de l'autre côté. Depuis, Ludovic a collaboré avec de nombreux illustrateurs et éditeurs et a publié plus d'une quinzaine de livres pour enfants. Passionné de littérature jeunesse, il a récemment traduit « Les enfants fichus », un classique d'humour noir de l'américain Edward Gorey. Grand consommateur de livres, on a l'habitude de croiser Ludovic dans nos rayons, qu'il dévalise allègrement, toujours curieux, toujours à la recherche de nouvelles choses. On est très heureux de le recevoir à l'occasion de la sortie d' « Il était mille fois », un album qui raconte ces petits moments parfois anodins qui font notre vie, ces joies et drames du quotidien dans lesquels on se reconnaît forcément. Un livre entre émotion et légèreté qui réunira petits et grands autour d'un agréable moment de lecture.


Venez rencontrer Ludovic Flamant et Delphine Perret le samedi 27 avril entre 15h30 et 19h.
L'après-midi débutera avec une lecture d'albums par Ludovic Flamant ( aussi conteur à la Maison du Conte). La séance de dédicaces se déroulera autour d'un petit goûter festif !

« Il était mille fois », Ludovic Flamant & Delphine Perret, Les Fourmis Rouges, avril 2013.